Eloges de l'eau

Aart Elshout propose une expérience artistique inédite autour du fleuve Garonne. Inspiré par l’eau, sa mouvance, son insaisissabilité, ses couleurs changeantes, ses jeux de transparences et d’ombres, sa poésie...



25 avril 2013, extrait de "Entretien avec Aart Elshout"

par Marie Dominique Nivière, conservatrice du musée d'Agen,
et Michel Hue, conservateur départemental de l'abbaye de Flaran.

Comment avez-vous envisagé votre travail aux Jacobins ?

J’aimerais que la spiritualité qu’il y a dans mon travail communique avec ces lieux… Cette église et cette abbaye, qui sont devenues des lieux d’exposition, n’étaient pourtant pas conçues au départ pour cela. Je me souviens qu’à 16 ans, je me disais qu’on rentrait dans l’art comme on rentre dans les ordres. Et maintenant, je suis en train de préparer une exposition dans des églises !



À quel moment vous confrontez-vous à la nature réelle ? Faites-vous des croquis sur le motif ? Vous promenez-vous beaucoup ?

Oui, bien sûr, je me confronte régulièrement avec la Nature par des sortes de randonnées poétiques. Les gravures, par exemple, sont venues après une balade sur les berges de la Garonne cet hiver, quand l’eau était montée très haut puis redescendue. J’ai vécu ces changements dans le paysage : les berges du fleuve sous l’eau puis redécouvertes, comme une résonance des temps perdus… puis retrouvés, les traces dans la boue attestant ces mouvements Il me faut donc être là physiquement, avec mes vécus emmagasinés pour éviter ce que j’appelle un « travail sur l’image », qui bloquerait le « souffle » créateur.

Pouvez-vous développer cette idée de « l’âme de l’eau » ?

Avec « Alumet », on avait fait un projet qui s’appelait « l’âme de l’arbre »… On a vécu beaucoup de temps avec les arbres à Madaillan. Cependant, le processus créatif est mental ; si tu dessines une pierre sans modèle et que quelqu’un regarde ce dessin et le prend pour une vraie pierre, alors on peut dire que tu as compris la pierre… J’ai ensuite travaillé sur les plantes, puis sur l’humain, il y a deux ans. Et avec l’eau, pour ce projet d’exposition, je me suis retrouvé avec mes recherches comme dans un labyrinthe, surtout au début : parfois on n’avance pas, j’étais parti sur l’image d’une rivière (la Garonne) ; mais il ne fallait pas rester dans la figuration pure, l’imitation, sinon on bute contre l’image d’une rivière…



Dans les cours d’eau, ce n’est pas l’eau elle-même qui est la plus attrayante, c’est la vie qui est autour et qui meurt… L’eau c’est transparent, c’est fluide, ça n’a pas de couleur : c’est l’extérieur et tout ce qui est autour qui donne une couleur et une forme à l’eau. Si on ne prend pas le temps de s’immerger dans les grandes peintures de cette exposition, on pourrait n’y voir qu’une peinture abstraite avec des épaisseurs de matière et des variations de couleur. Ce sont des paysages d’eau, sans ligne d’horizon, sans reflets visibles d’arbres ou de ciels. Il y a pourtant cette idée, à travers les grands formats dans lesquels le regard est happé, fasciné, de donner à voir l’énergie de l’eau.

Est-ce cela que vous entendez par « l’âme de l’eau » ?

Pour moi « l’âme de l’eau », c’est l’identité profonde, cachée et néanmoins essentielle de l’élément Eau, qui s’appréhende avec le ressenti et l’intuition en développant une « vision profonde », comme disent les bouddhistes. Cela inclut donc cette notion d’énergie, mais aussi de nature essentielle.

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